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L'Iranienne Shirin Ebadi reçoit le prix Nobel de la paix 2003
AFP, vendredi 10 octobre 2003, 21h56
OSLO (AFP) - Le prix Nobel de la paix 2003 a été attribué vendredi à Oslo à la militante iranienne des droits de l'Homme Shirin Ebadi, première musulmane à être distinguée dans l'histoire plus que centenaire de la prestigieuse récompense.
La distinction a été décernée à Mme Ebadi, 56 ans, "pour ses efforts en faveur de la démocratie et des droits de l'Homme", et plus particulièrement ceux des femmes et des enfants dans un pays musulman et fondamentaliste, a souligné le comité Nobel. La lauréate a déclaré à l'AFP que cette récompense allait "à tous les Iraniens qui se battent pour la démocratie", tout en se disant "abasourdie" par cette distinction. Dans une première réaction, la lauréate a déclaré que cette récompense allait "à tous les Iraniens qui se battent pour la démocratie", tout en se disant "abasourdie" par cette distinction. "Ce sera très important pour mon travail en faveur des droits de l'Homme et les citoyens en Iran", a-t-elle souligné. Fraîchement auréolée, Mme Ebadi, qui se trouvait à Paris au moment de l'annonce, en a profité pour lancer un appel à la libération de tous les prisonniers politiques détenus en Iran, tout en se prononçant contre une intervention étrangère contre son pays. "Le combat pour les droits de l'Homme est mené en Iran par le peuple iranien et nous sommes contre toute intervention étrangère en Iran", a-t-elle ajouté, vêtue d'une robe noire, mais sans le traditionnel foulard requis par les fondamentalistes musulmans. En 1974, Shirin Ebadi a été la première femme à devenir juge en Iran. Mais elle a dû quitter son poste après la révolution islamique de 1979, les imams ayant décrété que les femmes étaient trop émotives pour diriger un tribunal. Avocate et enseignante à l'université de Téhéran, elle oeuvre depuis pour la défense des droits des femmes et des enfants dans une société ultra-conservatrice, et fournit une aide juridique aux personnes persécutées en dépit des menaces dont elle a souvent fait l'objet. "L'islam n'est pas incompatible avec les droits de l'Homme et tous les musulmans devraient se réjouir de ce prix", a-t-elle aussi affirmé vendredi. "Si vous lisez le Coran vous vous apercevrez qu'il n'y a rien dedans contre les droits de l'Homme", a-t-elle précisé. Porte-parole officieuse des Iraniennes, Shirin Ebadi, qui a fait de la prison dans son pays, a joué un rôle-clef en 1997 dans l'élection du président réformateur Mohammad Khatami, parvenu au pouvoir largement grâce à l'électorat féminin. Sa distinction a été quasiment passée sous silence en Iran, où il a fallu quatre heures pour que la télévision d'Etat en fasse mention. L'agence officielle Irna a pour sa part publié la nouvelle en huit lignes en donnant pour sources les médias étrangers. Côté officiel, la distinction de Shirin Ebadi a donné lieu à un cafouillage: après qu'un porte-parole se fut dit "heureux" puis eut démenti ses propos en précisant qu'il s'était exprimé "à titre personnel", le gouvernement iranien s'est félicité plus de neuf heures plus tard du prix de Mme Ebadi, exprimant l'espoir que ses points de vue "soient pris en considération aussi bien à l'interieur qu'à l'extérieur de l'Iran". L'ancien président polonais et lauréat du Nobel de la paix 1983 Lech Walesa a été la seule fausse note dans le concert de louanges de la communauté internationale, estimant que ce choix constituait une "grande erreur". Le prix aurait dû selon lui revenir au pape Jean Paul II, donné comme l'un des favoris avant l'annonce officielle. Le souverain pontife va pour sa part adresser un message de félicitations à la lauréate, a dit une source vaticane informée. La Commission européenne a salué un "signal très positif pour les droits de l'Homme dans le monde islamique", y voyant un symbole qu'"il n'y a pas de contradiction entre l'Islam et les droits de l'Homme". Le Premier ministre norvégien Kjell Magne Bondevik, lui-même pasteur, s'est félicité d'un Nobel en forme de "soutien au dialogue et à de meilleures relations entre les mondes occidental et islamique". En visite officielle au Maroc, le président français Jacques Chirac s'est "réjoui" pour sa part de la décision du comité Nobel en estimant qu'il s'agissait d'"un choix exceptionnel". Mme Ebadi est la troisième personne de confession musulmane --les deux premiers étaient des hommes-- et la 11ème femme à recevoir le prix Nobel de la paix depuis sa création en 1901. Trois membres sur cinq du comité décernant le Nobel de la paix sont actuellement des femmes. La remise du prix Nobel de la paix --un diplôme, une médaille d'or et un chèque de 10 millions de couronnes suédoises (1,11 million d'euros)-- se déroule traditionnellement à Oslo le 10 décembre, date anniversaire de la mort d'Alfred Nobel, savant, industriel et humaniste suédois qui a fondé la récompense.
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